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Description
Un jeune homme emo en HongrieÀ l'origine, l'appellation emo était utilisée pour décrire la musique issue de la scène hardcore de Washington, D.C. au milieu des années 1980. Plus tard, le terme emocore, abréviation d'« emotional hardcore », fut également appliquée à la scène de Washington et à certaines des scènes régionales (aux États-Unis) qu'elle a engendrées. Les groupes les plus notoirement associés à l'emo à cette période comprennent Rites of Spring, Embrace, One Last Wish, Beefeater, Gray Matter, Fire Party et, un peu plus tard, Moss Icon. Le déclin de la première vague emo a débuté après la séparation de la majorité des groupes qui la composaient, au début des années 1990.
À partir du milieu des années 1990, l'emo a commencé à refléter la scène indie influencée par le nouveau groupe de Ian MacKaye, Fugazi, lui-même un dérivé de la première vague emo. Des groupes comme Sunny Day Real Estate et Texas Is The Reason ont proposé un style emo plus proche de l'indie rock, plus mélodique et moins chaotique que son prédécesseur. Cette scène indie-emo a survécu jusque tard dans les années 1990, quand ses groupes-phares se sont séparés ou ont emprunté une voie plus grand public (mainstream).
De nouveaux groupes ont alors commencé à imiter ce son plus grand public, créant le genre de musique aujourd'hui connu sous le nom d'emo dans la culture populaire. Cette appellation était utilisée dès ses origines pour qualifier une large variété de groupes, et le spectre couvert par les groupes classés aujourd'hui comme emo, dans son sens moderne, est encore plus vaste, faisant de ce terme un qualificatif imprécis plutôt qu'un genre de musique spécifique.
Histoire (1985-2009)
En 1985 à Washington, D.C., Ian MacKaye, le chanteur charismatique de Minor Threat et Guy Picciotto ont décidé de prendre leurs distances du hardcore initial et d'injecter une plus grande dose d'expérimentation dans leur musique à travers leurs nouveaux groupes respectifs, Embrace et Rites of Spring, qui ont développé leur propre son, même si Zen Arcade, l'album de Hüsker Dü sorti en 1984 a souvent été cité comme une de leurs influences majeures. Marqué par ce souffle nouveau, l'été 1985 a été très vite surnommé Revolution Summer au sein de la scène.
En peu de temps, d'autres groupes ont été influencés par ce nouveau son emo né à Washington : Moss Icon, Nation of Ulysses, Dag Nasty, Shudder To Think, Fire Party, Marginal Man et Gray Matter. Plusieurs d'entre eux étaient d'ailleurs signés sur Dischord Records, le label de Ian MacKaye. La séparation de Hoover à la fin 1994 marque la disparition de la première vague emo de Washington.
L'origine exacte du terme emo demeure incertaine, mais d'après une interview de membres de Rites of Spring dans Flipside Magazine en 1985, certains de leurs fans ont commencé à utiliser cette expression pour définir leur musique. La naissance de la variante emocore n'est pas non plus datée exactement, mais le terme était déjà d'un usage assez courant au début des années 1990.
La croissance de la scène de Washington a permis à d'autres scènes locales de voir le jour avec un son et une éthique DIY similaires. Au début des années 1990, le label de San Diego Gravity Records sortait un nombre important de disques de hardcore emo. Parmi les groupes célèbres à l'époque, l'on peut compter : Heroin, Indian Summer, Angel Hair, Antioch Arrow, Universal Order of Armageddon, Swing Kids ou encore Mohinder. Toujours en Californie, Ebullition Records sortait des albums de Still Life et Portraits of Past, ainsi que d'autres groupes de hardcore plus traditionnels, ayant des thèmes sociaux et politiques communs.
Dans le même temps, à New York et dans le New Jersey, d'autres groupes tels Native Nod, Merel, 1.6 Band, Policy of 3, Rye Coalition et Rorschach adoptaient la même voie. Plusieurs parmi ces groupes jouaient régulièrement à l'ABC No Rio, un centre social qui se voulait une réponse à la violence désormais courante lors des concerts au CBGB, seule autre salle pour les concerts de hardcore à New York à l'époque.
Une partie appréciable de ces groupes, notamment ceux issus de la scène de San Diego, s'est progressivement tournée vers une forme plus chaotique et agressive d'emo, surnommée screamo.
Les groupes précurseurs de l'emo finissant par se séparer, la veine hardcore de l'emo s'est peu à peu tarie, même si certains groupes essaient de maintenir en vie le son originel de l'emo, comme Circle Takes the Square, Hot Cross, City of Caterpillar, Funeral Diner et A Day in Black and White.
À Washington, à la suite de la séparation d'Embrace et de Rites of Spring, MacKaye et Picciotto ont décidé de joindre leurs forces et ont fondé ensemble Fugazi. Même si, pour être exact, ce groupe n'entre pas dans la catégorie emo, son influence sur la seconde vague emotional fut déterminante.
À la fin des années 1990, la scène emo underground avait presque entièrement disparu. Toutefois, le terme emo survivait dans les médias, pour qualifier les rares groupes encore en activité comme Jimmy Eat World.
Mais à cette époque, Jimmy Eat World avait commencé à emprunter une voie plus accessible au grand public. Au moment de la sortie de leur album Bleed American en 2001, le groupe avait pratiquement liquidé toutes ses influences emo, mais demeurait catalogué ainsi. Les nouveaux groupes dont le son était alors proche de celui de Jimmy Eat World ont donc été inclus à leur tour parmi l'emo.
En 2003, Chris Carraba, l'ancien chanteur de Further Seems Forever a rencontré le succès avec son nouveau projet, Dashboard Confessional. Les paroles écrites par Carraba avaient des résonances de journal intime, surchargées d'émotions personnelles. Là où plus tôt, l'emo favorisait des paroles parcourant un chemin plus obscur et douloureux, Carraba se concentrait avant tout sur l'amour trouvé ou perdu, et la difficulté de faire face. Ce nouvel avatar de l'emo a rapidement gagné en popularité parmi les adolescents faisant l'expérience des relations amoureuses pour la première fois qui trouvaient des réponses et du réconfort dans les paroles et la musique de Carraba.
À la même époque, le terme emo commença à ne plus seulement faire référence à la musique, ce qui ajouta de la confusion à son sujet. Il devint associé avec l'expression d'émotion sans retenue. Certaines attitudes et une certaine mode vestimentaire devenues typiques parmi les fans de certains groupes furent qualifiées d'emo. Et, en conséquence, les groupes plus ou moins associés à ces modes ou faisant simplement une grande part à l'émotion furent à leur tour appelés emo.
Encore plus que dans les années 1990, le terme emo en est venu à qualifier une variété extrêmement large de groupes, ayant pour nombre d'entre eux, peu en commun. Il est devenu alors presque impossible de décrire ce qui peut être exactement considéré comme de l'emo.
À tort ou à raison, emo a souvent été utilisé pour décrire des groupes comme AFI, A Static Lullaby, Brand New, Coheed and Cambria, Finch, From Autumn to Ashes, From First to Last, Funeral For A Friend, Hawthorne Heights, Atreyu, Escape the Fate , Silverstein, My Chemical Romance, Taking Back Sunday, The Used, Thrice et Thursday . Les fans de plusieurs de ces groupes ont fait la grimace face à l'usage du qualificatif d'emo et se sont engagés dans de longs débats et discussions pour expliquer en quoi tel groupe ne peut pas être considéré comme emo. À de nombreuses occasions, le terme leur a simplement été accolé en raison de similarités musicales, d'un style vestimentaire semblable ou de la popularité d'un groupe au sein de la scène emo telle qu'elle est perçue dans la culture populaire, et non pas parce que le groupe se considère comme faisant partie d'un genre musical portant ce nom. (Le dégoût manifesté par certains groupes vis-à-vis de ce genre ne manque pas de similitude avec le changement d'orientation musicale des groupes de la scène de l'emo indie de la fin des années 1990.)
Le résultat du changement de sens du terme emo au fil des ans est une fracture visible entre les personnes qui s'identifient avec une période particulière de l'emo. Ceux qui sont attachés à sa période hardcore originelle se récrient quand un autre genre de musique est appelé emo. Beaucoup de gens impliqués dans les scènes emo indépendantes des années 1980 et 1990 sont contrariés par ce qu'ils perçoivent comme le détournement du mot emo servant à commercialiser une nouvelle génération de musique par les majors. Quoi qu'il en soit, la culture populaire semble avoir intégré le terme emo avec des sens très éloignés des intentions originelles des membres des scènes indépendantes et hors de leur contrôle.
Ironie du destin, le screamo, un sous-genre du nouvel emo, a gagné en popularité ces dernières années grâce à des groupes comme Brokencyde, Thrice et Glassjaw, ainsi que l'a écrit Jim DeRogatis en novembre 2002[1]. Le terme screamo était en fait utilisé au début des années 1990 pour décrire un genre musical totalement différent, et le nouveau screamo ressemble davantage à l'emo du début des années 1990. Afin de compliquer les choses, de petites scènes locales consacrées au screamo originel existent toujours au sein des milieux underground. Cependant, le nouvel usage du terme screamo est significatif de la difficulté à décrire les genres multiples liés à l'emo.
Malgré cela, il se peut que la difficulté même de définir l'emo date de ses origines. Dans une interview datée de 2003[2], Guy Picciotto de Fugazi et Rites of Spring était interrogé par Mark Prindle sur son sentiment par rapport au fait d'être «the creator of the emo genre ». Picciotto répondit : « I don't recognize that attribution. I've never recognized 'emo' as a genre of music. I always thought it was the most retarded term ever. I know there is this generic commonplace that every band that gets labeled with that term hates it. They feel scandalized by it. But honestly, I just thought that all the bands I played in were punk rock bands. The reason I think it's so stupid is that – what, like the Bad Brains weren't emotional ? What – they were robots or something? It just doesn't make any sense to me. »
De même, dans une interview récente avec pastepunk.com[3], Dan Yemin, chanteur du groupe de hardcore Paint It Black, connu pour avoir été également le guitariste de Lifetime et figure éminente et respectée de la scène punk/hardcore, revenait sur cette nouvelle vague emo — dont certains groupes, à l'instar de Taking Back Sunday, citent Lifetime comme leur influence majeure — et la jugeait sévèrement : « I don't know what “emo” is. “Emo” was RITES OF SPRING and EMBRACE, and everything after that is... I don't know what it is. But it's not eyeliner and it isn't faux-melodrama, and it's not like, 'I want to be buried in your back yard.' »
Contrecoup [modifier]
Au fur et à mesure que la popularité de la musique s'est accrue, l'emo est devenu de plus en plus un objet de dérision, en particulier certaines modes et attitudes associées à l'emo, et des stéréotypes ont surgi qui ont facilité les critiques et en ont fait une cible facile.
Dans les premières années de la « troisième vague », la critique était relativement légère, amusée, voire parfois de l'autodérision. En septembre 2002, Jason Oda lança l'Emogame[4], qui se moquait des nombreux stéréotypes emo et des musiciens du genre, mais d'une manière qui pouvait être appréciée également des fans et des détracteurs du genre.
Les années suivantes les moqueries ont augmenté de façon exponentielle. Les fans masculins d'emo ont commencé à recevoir des injures sur leur orientation sexuelle supposée, reflet de la mode propre à la « scène » (notamment l'utilisation d'eyeliner et de maquillage), le port de vêtements plus ajustés, parfois même destinés aux filles, et de l'expression des émotions. Les critiques portaient toutefois d'abord sur l'exagération dramatique des émotions et non pas nécessairement sur les émotions en elles-mêmes.
En octobre 2003, Jessica Hopper de Punk Planet a accusé la « troisième vague » emo d'être sexiste. D'après elle, il est trop commun pour les groupes emo d'écrire des chansons selon un point de vue masculin qui réduit les femmes à être la cause de blessures émotionnelles, le résultat étant alors que les femmes sont diabolisées d'une façon collective, les chansons ne portant pas sur une personne en particulier. À cela venait s'ajouter l'apparente disproportion au sein de la scène entre garçons et filles, en faveur des premiers. Pour Hopper ce sexisme est un problème uniquement lié au nouvel emo, les groupes d'indie emo comme Sunny Day Real Estate donnant semble-t-il plus de profondeur aux personnages féminins décrits dans leurs chansons.
Les réactions à cet article furent contrastées. Certaines personnes notèrent que le rock a une longue histoire de problèmes sexistes, que ce n'était pas une particularité du nouvel emo : le glam metal des années 1980 par exemple a produit de nombreuses chansons décrivant les femmes comme des objets.
Les critiques de l'emo moderne se concentrent aussi autour de la nature de plus en plus générique de la musique créée. De nombreux groupes ayant fui le qualificatif (en adoptant parfois celui de post-hardcore), les groupes restants ne correspondent au genre qu'en raison des similarités affichées avec les autres groupes dits emo. Les observateurs critiques remarquent une homogénéisation lente du genre, les nouveaux groupes recopiant un style caricatural plutôt que de le redéfinir, un peu comme cela s'était passé lors du déclin du grunge dans les années 1990.
Ces critiques persistantes et ces stéréotypes négatifs ont accru la perception de l'emo actuel sous la forme d'un nouveau péché mignon. Malgré les critiques, la version moderne de l'emo connaît un succès qui ne se dément pas au sein des sphères mainstream. Toutefois, au vu de la disgrâce dans laquelle le terme emo est tombé, la question de savoir si de nouveaux groupes se revendiqueront comme tels reste ouverte.